MANGEZ-MOI,
MANGEZ-MOI
Pour
leur premier album, les anglais de Simian nous livre une pop parsemée
de bruitages électroniques, avec pour maître de cérémonie
un orgue omniprésent. Danse avec les singes en terre psychée
Ca
commence comme chez n'importe qui, dans n'importe quel garage. Une mise
en voix, des doigts qui effleurent des cordes, puis deux notes qui se
répètent inlassablement. Vient ensuite un bougonnement,
un chant pas forcément juste. Ca dure environ 1 minute 30, durant
laquelle on se demande où ils veulent en venir. C'est vrai que
la pochette a déjà planté le décor : une
sorte d'hybride chien-mouton y siège paisiblement, et semble
être le gardien d'un monde bizarre, un monde autre, merveilleux,
fantastique, fantasmagorique.
Et c'est à ce moment qu'annoncé, il fait son apparition,
le fantôme, le monstre qui hante ces contrées; oui, c'est
lui : c'est l'orgue, celui tantôt psyché, tantôt
sacré. D'ailleurs, il ressemble plus à Casper ou à
Casimir. Soutien enjoliveur : les churs sur fond de crépitement
" vinylistique ".
Sur " the wisp ", la seconde plage, c'est sur des beats et
des sons électroniques que Simian, singe en anglais, surfe, puis
c'est sur un bruit d'aspiro que s'ouvre la troisième.
Dès lors,
on peut tenter de définir un style : le groupe emprunte au concret,
à l'électro, à la pop (la formation est anglaise,
on ne se refait pas), en puisant dans les délires hallucinogènes
des seventies tant les atmosphères nous téléportent
dans des mondes parallèles fleuris, où tout le monde s'aime
sous effets de champignons magiques. Alors, quand des voix guillerettes
clament à l'unisson que " la chimie c'est ce que nous sommes
" (One dimension) -ce qui a sans doute donné symboliquement
le nom à l'album- on veut bien le croire.
" Chemistry
is what we are " offre ainsi une autre alternative à la
pop anglaise stricto sensu, en y incorporant d'autres technologies,
d'autres sonorités tout en en gardant ce qui fait son efficacité
c'est à dire en conservant des caisses claires, des cymbales,
des guitares. L'élément majeur, l'orgue, s'y incorpore
somptueusement, et devient un support de velours pour des vocalises
chantantes et chorales. A écouter, " Mr crow " où
s'entremêlent subtilement les cordes (vocales et d'acier), le
clavier et le cuivre.
Le premier lp des
Simian apparaît donc comme un OVNI dans la scène pop. Le
caractère chansonnant des mélodies seraient certainement
très mal passé s'il n'y avait eu l'omniprésence
du pouvoir enchanteur de l'orgue, et le jet ça et là de
sons digitaux, ou de bruits courants dont on se demande bien pourquoi
ils se trouvent à tel ou tel endroit. Mais les anglais ont justement
eu le bon sens de les placer là où on voudrait les entendre
et le génie de ressusciter et d'incorporer l'instrument magique,
sésame pour le " pays des merveilles "